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Du nom de la petite ville de Dellys dont il est originaire, artiste autodidacte si l'on excepte les quelques mois passés dans des ateliers d'artiste, Mustapha est à la fois calligraphe, peintre et photographe.

Mustapha naquit le 8 mars 1971 à Abidjan, en Côte d'Ivoire, dans une famille de diplomates, FLNiste algéroise, impliquée depuis le XIX siècle dans la lutte contre le colonialisme français. Son grand-père Berdjeb Mohamed, membre actif du FLN, perd la vie à l'aube de l'indépendance, durant la bataille d'Alger, arrêté, dans l'affaire des bombes, par les hommes du général Massu qui firent de lui un martyr. Il est devenu mythe pour notre jeune Mustapha, ce qui éveille en lui un amour inconditionnel pour Alger, le baignant ainsi dans la tradition et la culture algéro-musulmane. Dès son jeune âge, il s'immerge dans la calligraphie arabe, les arabesques, la miniature perse, le dessin et la peinture.

Le 5 octobre 1988, alors qu'il était élève au lycée Bouattoura à El-Biar, Alger, il assiste à l'assassinat de ses camarades par des hommes armés, plus tard la montée du FIS et enfin l'arrivée du GIA. Ne comprenant pas ce qui se passe, il se réfugie à Dellys chez sa grand-mère Zhor où il devra exercer le métier de pêcheur avec son oncle Toufik lui restant ses après-midi pour étudier et dessiner. La situation n'était guère meilleure puisque au mois de juillet 1991 apres son retour de tamaneasset, alors qu'il revenait de la pêche, un groupe d'individus armés de couteaux l'interpelle, en lui dictant leur jugement. Il a été condamné à la peine capitale selon les lois de l'islam et ils devaient mettre ce jugement en exécution afin de montrer l'exemple aux autres mécréants. Des voisins qui n'étaient pas loin de là ont aperçu la scène et crurent à une bagarre. Leur intervention lui a sauvé la vie, le faisant fuir ainsi de Dellys, d'Alger et de l'Algérie, se retrouvant illégal en Belgique.

Un an après son arrivée en Belgique, son ami d'enfance Aziz est assassiné et la situation en Algérie s'aggrave ce qui va l'amener à développer une recherche tout d'abord photographique sur Alger et ses habitants. Entre bataille administrative et menace terroriste, il réalise enfin Alger la vie continue, le 26 mars 1996, une première exposition personnelle qui débutera sa carrière artistique.

Durant la période qui suivit l'exposition, Mustapha fréquente différents ateliers d'artiste peintre dont celui de Serge Helholc et de Nelly Keshavarz, réalisant quelques expositions autour de la calligraphie arabe. Plus tard, il sera l'assistant du photographe Pascale Ayoub.

Au début de l'année 1997, il venait de perdre sa grand-mère Zhor, emportée par un cancer foudroyant, de plus il devait fuir son domicile à Bruxelles, en tout laissant sur place, avec juste ses négatifs comme seul bagage, pour de ce fait disparaître. Sa situation ne s'arrange guère, sans argent, sans le droit de travailler, il est accueilli chez une de ses connaissances, un artiste de scene qui se produisait dans un cafe theatre , à qui notre jeune artiste propose de realiser quelques photographies de son spectacle. Touché par cette attention il l'invitera plus tard à un club et l'introduit au monde phemere de la nuit. Fasciné par cet univers, mustapha se crée un personnage M.Skander, une nouvelle identité, se confondant ainsi dans ce nouvel décor et, sans perdre une seconde, se mit à le photographier. De club en club jusqu'au jour où il rencontre David Rammant-Peeters, intrigué par ses images, celui-ci le propulse dans la scène de l'art bruxellois en l'exposant à la galerie Art Kiosk. Brussels Nights fut un tournant decisif à sa direction artistique.

Suivent quelques articles de presse, mustapha s'interroge. Illégal ! Artiste bruxellois! Ne pouvant échapper à sa situation. Par contre, M.skander, lui, ses oeuvres sont légales. Ignorant cette administration qui bafoue ses droits et l'humilie jour après jour, mustapha se fait son propre papier, s'exprime avec plus d'ardeur, sous diverses formes : peinture, photographie, calligraphie, installation. Ses oeuvres deviennent son identité, il fera parler de lui à travers la presse belge et internationa, sous diverse nom, M.Skander, Daellssy, Mordjane, Redjeb, son existence en dépendra. Ses travaux deviennent son seul moyen d'être, à travers sa pensée il se fera exister. En exprimant sa propre vérité, il nous donne la preuve irréfutable de son existence. Dès lors, ses travaux traitent exclusivement de la réalité de l'existence de l'individu à travers sa propre pensée. Il s'agit de représenter l'expression de celle-ci, créer un espace où l'individu est confronté à sa propre vérité. celle qui le fera exister.

En 2001, Mustapha est régularisé " EL KOUARETT" et reçoit enfin une pièce d'identité. Quelque temps plus tard, l'attaque du World Trade Center, ce fameux 11 septembre. Voici son passé qui ressurgit, ceux qui l'ont fait fuir jadis de son pays le rattrapent repropulsant ainsi l'artiste face à sa propre vérité.

Conscient d'une progressive dégradation des rapports entre musulmans, de l'islam moderne et du monde, Mustapha développe une définitive répulsion contre tout extrémismes, ce qui le pousse à une rupture absolue avec toute réalité collective dont l'idéologie détruit l'identité propre d'un individu, le coupant ainsi de sa propre pensée, de sa propre existence donc de sa propre verite. Il y a donc une très nette volonté de contester l'extrémisme religieux, son regard se porte sur l'islam contemporain, plaçant ainsi l'homme musulman au centre de ses recherches. Celles-ci prennent une toute autre direction, Mustapha se place face à lui-même et face à sa culture. Développant une toute autre expression où l'acte physique d'écrire predomine l'esthetisme litterall la ou il traduit l'intention d'une pensée. Mustapha met l'accent sur le geste, ce qui le pousse vers une stylisation abstraite, provocant ainsi une vive réaction contre l'esthétisme de la lettre. Le littéral disparaît afin de laisser place à l'acte, plaçant l'individu face a sa propre vérité, provocant une réaction en lui qui lui ouvre une fenêtre vers une vision de lui-même.